| Date de parution: 02/2008 Bien qu'il passe pour le bras armé de la justice, l'huissier de justice n'a pas tous les droits. Même lorsqu'il exerce une contrainte pour faire exécuter une décision de justice (expulsion, saisie-vente), son action connaît des limites. Quand il agit sans titre exécutoire (jugement), comme simple représentant d'un créancier, il n'a aucun pouvoir de contraindre le débiteur à s'exécuter. Pas d'intrusion De 21 h à 6 h du matin L'huissier ne peut pénétrer au domicile du débiteur, sans son accord, entre 21 heures et 6 heures ; de même qu'un dimanche ou un jour férié. Toutefois, toute exécution entamée avant 21 heures peut se poursuivre au-delà. Trêve hivernale Une expulsion ne peut être exécutée pendant la période hivernale, entre le 1er novembre et le 15 mars. Biens insaisissables En cas de saisie-vente mobilière, certains biens, nécessaires à la vie courante et au travail du saisi et de sa famille, ne sont pas saisissables : il s'agit notamment des vêtements, literie, linge de maison, objets et produits nécessaires aux soins corporels et à l'entretien de la maison, denrées alimentaires, ustensiles de cuisine, appareils de chauffage, table et chaises pour prendre les repas en commun, un meuble pour ranger les vêtements et un pour le linge, une machine à laver le linge, les livres et objets nécessaires à la poursuite des études ou de la formation professionnelle, objets d'enfants, les souvenirs à caractère personnel ou familial, animaux d'appartement ou de garde, animaux d'élevage, instruments de travail nécessaires à l'exercice personnel de l'activité professionnelle, un poste téléphonique permettant l'accès au service téléphonique fixe ainsi que les objets indispensables aux soins des malades et aux personnes handicapées.
Sommes insaisissables Une saisie sur compte bancaire entraîne le blocage de tous les comptes du débiteur (compte bancaire, livret de développement durable, livrets d'épargne, CEL, PEL...). Ce dernier ne peut donc plus disposer des sommes y figurant, pendant un minimum de 15 jours incompressibles ; délai nécessaire pour que la banque établisse le solde restant, une fois prises en compte les opérations antérieures à la saisie (chèques, virements, cartes bleues effectués avant la saisie, rentrées d'argent). Par la suite : - soit le débiteur ne conteste pas la saisie, il signe un certificat d'absence de contestation que l'huissier présente à la banque afin d'obtenir le paiement de la créance ; ce qui entraînera le déblocage immédiat du compte ; - soit il ne fait rien, l'huissier doit alors attendre un délai d'un mois (délai de contestation) avant d'émettre ce certificat ; - soit il dépose une réclamation devant le juge de l'exécution, le paiement des sommes saisies est suspendu jusqu'à l'issue de la procédure. Pour parer à ces blocages, le débiteur bénéficie de deux mesures protectrices : Certaines sommes sont insaisissables. Il s'agit du revenu minimum d'insertion (RMI), de l'allocation de solidarité spécifique, de l'allocation d'insertion, des prestations maladie en nature (remboursements des frais médicaux) Une fraction du solde bancaire est insaisissable (SBI). Dans les 15 jours suivant la saisie, le débiteur peut demander à sa banque que soit mise à sa disposition une somme d'argent égale au montant mensuel du RMI (soit 447,91 € au 1er janvier 2008), à condition toutefois qu'elle existe sur le compte au jour de la demande : ce dispositif n'est pas une autorisation de découvert ! En cas de pluralité de comptes, il n'est possible de bénéficier du SBI que sur un seul compte. Attention ! Ce SBI n'est pas cumulable avec les autres sommes insaisissables ; par exemple, si le débiteur possède 800 € sur son compte et qu'il doit 1 400 €, il peut demander à bénéficier du dispositif du SBI (soit 447,91 €). Si, par la suite, une somme insaisissable est versée sur son compte (ex. : 550 €), le SBI, considéré comme une avance, sera déduit du montant de cette dernière ; le débiteur ne pourra alors disposer que de 102,09 € (550 - 447,91). Débiteur absent Quand les conditions de la saisie-vente sont réunies (titre exécutoire, signification d'un commandement de payer resté sans effet), l'absence du débiteur (ou si ce dernier refuse l'accès à son domicile) n'empêche pas la saisie, mais oblige l'huissier à respecter des formalités complémentaires pour entrer dans le logement. Celui-ci doit être accompagné d'une autorité de police ou de gendarmerie, à défaut, du maire de la commune ou d'un conseiller municipal ou à défaut, deux témoins majeurs, qui ne sont ni au service du créancier ni à celui de l'huissier de justice. Par ailleurs, l'huissier doit faire appel à un serrurier pour ouvrir les portes et doit également s'assurer de la fermeture de la porte par laquelle il est entré lorsqu'il repart, une fois le procès-verbal de saisie effectué. Demander un étalement du paiement Suite à un commandement de payer, le débiteur, à défaut de pouvoir régler l'intégralité de sa dette, a tout intérêt à contacter l'huissier afin d'obtenir par son intermédiaire un échéancier de règlement qui suspendra les poursuites. En cas de refus, il peut aussi s'adresser au juge de l'exécution (siégeant au tribunal de grande instance) qui pourra décider d'accorder un délai de paiement pouvant atteindre 24 mois. Mais attention, le solde est alors réclamé en totalité le 25e mois ; or, même si échelonnement de la dette il y a pendant 24 mois, si les mensualités acceptées par le juge sont très infimes, le débiteur peut se retrouver face à une dette toujours considérable. Par exemple, si, pour une dette de 24 000 €, le juge accepte que le débiteur ne paie que 100 € pendant 24 mois, le solde dû le 25e mois s'élèvera à 21 600 € ! Contester la validité de la saisie En cas de saisie sur compte bancaire, le débiteur peut aussi, dans le délai d'un mois, contester la validité de la saisie devant le juge de l'exécution. Le paiement des sommes saisies est alors suspendu jusqu'à l'issue de la procédure, mais le compte en banque reste bloqué. La sommation de payer... pure intimidation ! Un débiteur ne doit pas se laisser impressionner par le côté solennel de la « sommation de payer » signifiée par huissier : elle n'a pas plus de poids qu'une mise en demeure adressée par lettre recommandée avec AR. Il ne peut, en aucun cas, (ni aucune société de recouvrement d'ailleurs) contraindre le débiteur à payer. Il ne faut toutefois pas la prendre à la légère. D'une part, à compter de cette mise en demeure, des intérêts de retard pourront être réclamés ; d'autre part, cela peut laisser à penser que le créancier n'en restera pas là et si le débiteur s'obstine à faire la sourde oreille, il l'assignera alors devant le tribunal afin d'obtenir sa condamnation. Autant éviter d'en arriver là et essayer de trouver avec l'huissier un arrangement. | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||